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Le petit homme, reprit son chemin le cœur lourd, le corps léger. Il arpente la terre, sa vieille terre.

Inlassablement Dame planète tourne autour de Maître Phébus, Dieu soleil, père nourricier. Elle tourne et retourne, roule sa boule, prend ses aises et comme lassée de flotter dans l’océan d’infini, tire à elle son grand drap noir constellé de perles d’or, petites pierres dont le doux éclat semble veiller au repos de la grande Dame. Chaque point est une étoile. Madame à sommeil. Madame va dormir. Madame va faire sa nuit...

 

Le petit homme, étourdit de solitude, fut bouleversé en une fraction de vie par l’évènement dont il ne su jamais s’il provenait du réel ou du merveilleux.

 

Les yeux levés, sourire aux lèvres, timides rides sur son visage apaisé, il contempla le ciel et même si des millions d’étoiles accompagnaient son errance, seul un petit bout du drap noir attirait son regard au point de ne plus pouvoir s’en détacher. Quatre éclats justement placés, suivis de trois autres comme une traîne nuptiale, imposaient leur présence avec majesté, insolente et naturelle.

 

  • Holà pied de bois, baisse ton nez, j’ai la queue fragile moi !

     

Le petit homme, s’immobilisa, interdit. Rien sur son visage ne laissait transparaître l’infinie perplexité dans laquelle il était. Jusqu’alors il se trouvait dans un état d’inconscience profond, planant dans un décor ni liquide ni gazeux, aérien. Son corps était un spectre translucide aux contours évanescents. Peu à peu il sortait d’une léthargie confortable, reprenait possession de son enveloppe, bousculé, tiraillé par deux sentiments opposés. Rester dans la moiteur des songes où revenir à l’exaltante réalité de la vie terrienne.

 

Le ciel lourd, soudain si lourd, et bas, soudain si bas s’affalait sur le petit homme, qui lâcha prise. Ses muscles, son corps tout entier furent atteints d’atonie, d’apathie. Ils refusent le combat, baissent les armes, abdiquent. La main du petit homme balaya son visage, et s’engouffra dans son abondante chevelure.

 

  • Bon d’accord. tu es un lézard, tu parles, admettons même si c’est absurde peux tu me dire lézard ce qu’il se passe ici et d’abord, où suis-je.

  • Mon nom est Gecko, D’jeck pour les intimes, Prince de Mauritanie, Roi des champs de pierres, Empereur du monde du dessous…

  • Le monde du dessous ?

  • Oui, je vais t’expliquer… retracer les derniers instants de ta vie du dessus.

  • Je suppose, enfin je suis sur que tu te baladais tranquillement sur les bords de LETHE. Le soleil, la chaleur et puis la soif, sensation tyrannique qui te fit oublier les élémentaires principes de prudence, tu as bu de cette eau et tu es tombé dans … «L’OUBLI».

D’jeck volubile, parlait d’une voix aiguë et saccadée. Malgré son corps aplati, il n’a rien de lourd dans son allure. Vif et preste il court avec vitesse, glisse plutôt qu’il ne marche, s‘élance avec impétuosité, s’échappe se cache en un clin d’œil, gouailleur, dit quelques mots, part, revient, balade ses yeux ronds à droite, à gauche, inquiet, prudent ou curieux, tout à la fois peut être, mais toujours là, vous mitraillant du regard pour mieux vous garder à sa merci, comme un hypnotiseur sadique.

2

 

  • Tu veux parler de l’été, la saison en opposition à l’hiver ?

  • Non l’E-THE, t’es lourd tu sais, je parle du fleuve mythique. Il fait parti des cinq fleuves qui séparent le monde des morts avec celui des vivants. Les morts pouvaient s’y désaltérer dans le but d’oublier leurs maux et leurs anciens plaisirs terrestres

L’Achéron, fleuve de l’affliction, de l’enfer, du tourment, du mal

Le Cocyte, fleuve des gémissements qui est alimenté par les larmes des voleurs, des méchants

Le Phlégéthon, fleuve du feu.

Le Styx, fleuve des serments irrévocables par lequel juraient les dieux.

 

Le petit homme, comme aspiré par les racines d’un sol mouvant se vida, liquide dans le sable, les cailloux de la terre dont il su désormais qu’elle n’est pas Sa Terre, mais l’océan, le gouffre, l’abîme dont on ne revient jamais…. Je suis mort, mon Dieu, je suis mort

 

Et la seule révolte encore possible, quand les cris n’ont pas suffit et les larmes, et le sang, et les menaces prophétiques, c’est le silence, ce long discours de l’inaudible qui refuse les mots, la grandiloquence du verbe. Le silence qui exprime la fuite, non pas la lâche course éperdue vers un ailleurs inconnu, mais l’introspection, la première visite à l’âme, le premier rendez vous avec soi, en soi.

 

D’jeck, immobile, inspiration du peintre faisant parti d’un tout, du paysage, fixait le petit homme, le petit bout d’homme. Seuls ses yeux étrangement fixes malgré leurs perpétuelles oscillations, et cette langue, tentacule visqueux qui semble chercher à vous atteindre, donnaient un mouvement surnaturel au tableau.

 

Enfin de sa gorge sorti un son, un râle, plutôt un borborygme, l’éructation d’un mot, d’une phrase:

 

  • Je suis mort ?

  • Qu’est ce que la mort, répondit D’jeck, un état dont tu ne sais rien, alors abstiens toi de tous commentaires et fais le point sur ce que tu sais déjà, sur ce qui t’a amené ici

     

S’ensuivit un long silence qu’une brise glaciale déchirait, imperturbable ruban immatériel, puissant, invincible, froid, destructeur. A ce climat, se superposa un chant. En accord parfait un cœur entonna une oeuvre en un canon justement orc,hestré.

Wagner serait il en ce monde ? Le petit homme n’était pas instruit à l’art lyrique, mais il transposait sa vision intérieure de situations et d’évènements dramatiques en termes musicaux, et sans savoir pourquoi cette musique l’envahissait avec infini douceur comme une caresse, amie intime de sa vie d’avant.

Richard Wagner serait il en ce monde ?

 

Le petit homme, assis , recroquevillé sur lui-même, le menton posé entre les genoux, les bras accrochés fermement à ses jambes, était blême, en proie à des spasmes convulsifs, spectateur d’un film d’horreur, spectateur et acteur malgré lui. Il était le personnage d’un scénario qu’il n’avait jamais lu, ni même imaginé qu’il puisse être créé par un auteur fou, psychopathe, voyeur, en mal de frisson. Vision d’horreur !

 

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  • henzzo
  • diplômé déducation physique - spécialisé pour handicapés physiques - exercé handicap,toxicomanie,délinquance. Directeur centre de remise en forme- traversée course à pied des pyrénées - mais aussi de la france en solitaire et du maroc
  • diplômé déducation physique - spécialisé pour handicapés physiques - exercé handicap,toxicomanie,délinquance. Directeur centre de remise en forme- traversée course à pied des pyrénées - mais aussi de la france en solitaire et du maroc

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